EBE ou EBITDA : quel indicateur pour valoriser une PME ?
La valeur d'une PME rentable se calcule le plus souvent en appliquant un multiple à sa capacité à générer de la trésorerie. Encore faut-il choisir le bon indicateur, le retraiter correctement et savoir ce que le multiple recouvre. Ce guide fait le point pour un dirigeant qui prépare une cession ou une ouverture de capital.
EBE et EBITDA : deux cousins, pas des jumeaux
L'excédent brut d'exploitation (EBE) est un solde du plan comptable français : chiffre d'affaires et subventions d'exploitation, moins achats consommés, charges externes, impôts et taxes et charges de personnel. Il mesure ce que l'activité dégage avant amortissements, résultat financier et impôt sur les sociétés.
L'EBITDA (earnings before interest, taxes, depreciation and amortization) est son équivalent anglo-saxon. Dans la plupart des PME, les deux sont très proches. Les écarts viennent de la participation des salariés, de certaines provisions et des autres produits et charges d'exploitation, qui sont dans l'EBITDA mais pas dans l'EBE. Dans une négociation, c'est l'EBITDA qui sert de référence, parce que c'est le langage des acquéreurs et des fonds.
Les retraitements qui changent tout
Un acquéreur ne valorise pas l'EBITDA comptable mais un EBITDA « normatif », c'est-à-dire ce que l'entreprise dégagerait dans des conditions normales de gestion. Les retraitements les plus fréquents :
- La rémunération du dirigeant : ramenée à ce que coûterait un dirigeant salarié au prix du marché, qu'elle soit trop haute ou trop basse.
- Les loyers : si les murs appartiennent au dirigeant ou à une SCI liée, on remplace le loyer payé par un loyer de marché.
- Les charges non récurrentes : litige, déménagement, départ exceptionnel, dépenses personnelles passées en charges.
- Les produits exceptionnels : subvention ponctuelle, cession d'actif, reprise de provision.
- Les charges manquantes : un poste tenu gratuitement par un membre de la famille, une fonction que l'acquéreur devra recruter.
Du multiple à la valeur des titres
Le multiple d'EBITDA donne la valeur d'entreprise, c'est-à-dire la valeur de l'activité indépendamment de son financement. Pour obtenir la valeur des titres, celle que touche le vendeur, on retire la dette financière nette et on ajoute la trésorerie excédentaire. C'est le passage de la valeur d'entreprise à la valeur des capitaux propres, et c'est là que se jouent beaucoup de négociations : définition de la dette, du besoin en fonds de roulement normatif, de la trésorerie réellement disponible.
Les multiples observés sur les PME françaises varient fortement selon la taille, le secteur, la récurrence des revenus et la dépendance au dirigeant. Un multiple n'est jamais un chiffre universel : il se justifie par des transactions comparables, et c'est précisément ce qu'un rapport de valorisation doit documenter.
Les pièges fréquents dans une cession
Trois erreurs reviennent souvent chez les dirigeants qui préparent leur sortie :
- Raisonner sur une seule année : un acquéreur regarde trois exercices et la tendance, pas le dernier résultat.
- Oublier la dépendance au dirigeant : si les clients, le savoir-faire et les fournisseurs reposent sur une personne, le multiple baisse, ou une clause d'accompagnement s'impose.
- Confondre valeur d'entreprise et prix de cession : la dette, le BFR et les garanties de passif peuvent réduire sensiblement le montant encaissé.
Questions fréquentes
Faut-il valoriser une PME déficitaire sur l'EBITDA ?
Non. Sans EBITDA positif, on se tourne vers les multiples de chiffre d'affaires, la valeur des actifs ou une approche par les flux futurs si un redressement est documenté.
Quels documents préparer pour une valorisation de PME ?
Les trois derniers bilans et comptes de résultat, le détail des rémunérations et avantages du dirigeant, les contrats de bail, l'état de la dette et de la trésorerie, et la répartition du chiffre d'affaires par client.
Un diagnostic pré-cession, c'est quoi ?
Une revue des points qui pèsent sur la valeur avant de se lancer : dépendances, documentation, contrats, organisation. Il permet de corriger ce qui peut l'être avant de rencontrer des acquéreurs.